“Je me mets à penser à mes bars quand j’entends la prod“
C’est une période un peu bizarre pour la culture ces derniers temps. Que ce soit au cinéma (il y a encore un nouveau Jurassic Park en salles ??) ou en musique, on a l’impression que la majeure partie des artistes mainstream manque aujourd’hui d’inspiration, incapable de proposer une vision créatrice pour le monde de demain. Comme une biche paralysée devant les feux de route alors même que tout semble s’accélérer autour de nous.
On le voit dans la scène rap FR, où les têtes d’affiche des plus gros festivals n’ont pas changé d’un iota depuis le début du premier mandat Macron, mais – pas de French bashing ici – c’est en fait assez similaire aux US. Future, The Weeknd, Kendrick, 21 Savage, Young Thug, Playboi Carti… les stars du rap ne prennent plus de risques et cultivent l’entresoi à un tel point qu’à chaque nouvel sortie la liste des feats peut se deviner aussi facilement que la distribution d’un film de Quentin Dupieux.
Mais face à ces “government-mandated features” souvent raillés par le public avide de nouveauté, les plus attentifs ont su se tourner vers une scène underground qui est elle en plein essor, comme c’est souvent le cas quand le mainstream est à court d’idées. Parmi la faune qui remue dans les profondeurs de la fosse rap US, un poisson rare remonte en ce moment les courants à vitesse grand V : LAZER DIM 700.
S’il ne vous dit pas forcément grand-chose encore, ce nom commence à faire pas mal de bruit de l’autre côté de l’Atlantique. Prolifique depuis plusieurs années sur Soundcloud, le rappeur s’est fait connaître du grand public en 2024 suite à son apparition dans l’émission Song Wars du streamer PlaqueBoyMax où il a composé en quelques minutes son hit Laced Max (43M d’écoutes sur Spotify).
Quelque part entre la jerk, la plug et la trap, la particularité de la musique de LAZER DIM réside en effet dans son attachement à la spontanéité. Ici, pas de textes peaufinés et révisés – le rappeur saute dans la cabine dès que le niveau des basses de la prod dépasse le seuil sanitaire légal et débite alors les paroles de bout en bout, comme héritier d’une sorte de transe mystique venue d’une Pythie qui aurait grandi dans les projects d’Atlanta.
D’un naturel décontracté et nonchalant, LAZER DIM est un personnage à part aussi bien sur le plan musical que personnel, ce qui lui a permis de se construire une fanbase solide et surtout très assidue face à son rythme effréné de sorties musicales.
A l’occasion de son premier concert en France, nous avons pu rencontrer le rappeur dans ses loges, quelques minutes avant de monter sur la scène de la Place, à Paris. L’occasion d’en savoir un peu plus sur un artiste dont la spontanéité et l’authenticité en font un des personnages les plus intrigants de la scène rap US de ces dernières années.

LAZER DIM 700 face au public de La Place (Paris), le 2 juillet 2025
Salut LAZER DIM 700 ! Merci de prendre le temps de répondre à nos questions aujourd’hui. C’est ta première fois à Paris ?
Ouais carrément, c’est même ma première fois en Europe ! J’ai pas encore eu l’occasion de visiter la ville pour l’instant, mais après le concert peut-être.
Tu viens d’atterrir de Londres, où ta date a été annulée hier. Est-ce que tu peux nous en dire un peu plus sur ce qu’il s’est passé ?
Ouais j’ai eu des soucis de passeport à l’arrivée, ça n’a pas pu se faire malheureusement. Mais je serai de retour très vite.
Je voulais en savoir un peu plus sur tes inspirations. Tu viens de Cordele en Géorgie [une ville située pas très loin d’Atlanta] mais tu rappes sur des prods qui incorporent beaucoup de rythmiques jerk, plutôt typiques de la côte ouest. Est-ce que c’est un genre que tu as écouté en grandissant ?
Non pas du tout. J’avais déjà commencé à rapper avant qu’on me fasse écouter, à l’époque je rappais sur d’autres trucs. C’est quand j’ai commencé à percer qu’on m’a fait écouter des prods jerk. Quand j’étais petit, j’écoutais de la trap un peu comme tout le monde à Atlanta.
Est-ce que tu avais d’autres inspirations que Lil Wayne [qu’il a précédemment cité comme son inspiration principale] ?
Pas vraiment. J’ai commencé à rapper peu après avoir commencé à écouter Lil Wayne donc je me suis pas vraiment inspiré d’autres rappeurs.
Est-ce que tu donnes un nom à ta musique ?
Je l’appelle “dark”. Je sais pas, j’ai toujours trouvé ça sombre. Mais ouais c’est moi qui ai donné ce nom, je pense pas que quelqu’un l’ai déjà appelé comme ça avant.
Tu as récemment été sélectionné dans la liste des 12 freshmen du magazine XXL [qui publie chaque année un cypher avec les 12 rappeurs les plus prometteurs]. Ça te fait quoi ? Est-ce que c’était un objectif quand tu as commencé à rapper ?
Je vais pas te mentir, ça fait plaisir. C’était pas vraiment un objectif au début mais je savais que je voulais atteindre ce niveau. Mais c’était pas un objectif, j’avais pas ça dans la tête quand je faisais de la musique.
Tu as dit par le passé que tu n’avais jamais cherché la célébrité en commençant la musique. Maintenant que tu commences à percer, est-ce que c’est un truc que tu kiffes ?
Hmm, je dirais que c’est 50/50. J’aime bien un peu mais je voudrais pas que ça devienne trop.
J’avais vu sur Youtube ton “hit en 23 minutes” que tu as fait avec PlaqueBoyMax. Est-ce que tu procèdes toujours comme ça pour l’écriture ? Tu écris jamais tes textes ?
Ouais, toujours sans interruption. J’écris jamais à l’avance, je pense à mes phrases sur le moment et je les récite de bout en bout.
Tout dans ta musique est très spontané : la façon dont tu penses à tes textes, ta manière de choisir les prods – même la façon dont t’as rencontré ton beatmaker Goxan [dans les commentaires Youtube d’un type beat]. Maintenant que les labels commencent à se rapprocher, est-ce que t’as pas peur de perdre cette spontanéité ?
Tu veux dire quand je vais en session studio ? Non rien n’a changé, je n’écris toujours pas mes textes quand je rentre dans le studio. En fait je me mets à penser à mes bars au moment où la prod se lance. Mais ça fait longtemps que j’ai pas fait de session, je fais plus trop de son ces derniers temps.
Est-ce que tu peux nous parler un peu de l’histoire de Still in the paint [une version de Hard in the Paint remixée par Denzel Curry, Bktherula et Lazer Dim 700] – Comment ça s’est fait ? C’est Denzel qui est venu vers toi ?
Ouais exactement, c’est lui qui m’a contacté pour me parler de son projet et m’inviter dessus. Je kiffe Denzel, c’est mon gars. Mais on ne s’est pas rencontré en vrai, j’ai enregistré mon couplet avec mon téléphone et je lui ai envoyé. Je l’ai enregistré depuis chez moi d’ailleurs.
Tu peux nous parler du tournage du clip ?
C’était lourd. Déjà c’était la première fois que je tournais un clip pour Lyrical Lemonade [média créé par le réalisateur et directeur artistique Cole Bennett – derrière de nombreux gros clips des rappeurs US], c’était vraiment cool. Et c’était la première fois que je filmais une « vraie » vidéo, genre un tournage qui dure toute la journée tu vois. Avant, je n’avais tourné que des vidéos rapides sans trop y penser. J’ai vraiment kiffé l’expérience.
Ce soir tu joues ta première date en France, la première d’une longue série on espère. Comment tu te sens par rapport au live ? C’est naturel pour toi ?
Ouais, complètement naturel. Je rappe juste. Je kiffe ce que je fais, je kiffe ma musique donc c’est assez facile à performer sur scène, tu vois ce que je veux dire ? J’aime bien partager avec le public parce qu’ils kiffent ce que je fais. C’est pas vraiment un truc auquel je dois penser ou me préparer.
A la Pépite on a l’habitude de conclure nos interviews en demandant aux artistes leur “pépite” du moment. Est-ce que tu en aurais une à nous recommander ?
Ouais, écoutez mon gars GBE Strap !



